Le gouvernement suisse a lancé la révision de l’Ordonnance sur les denrées alimentaires. Elle prévoit de considérer désormais comme comestibles les trois espèces les plus connues comme alimentaires, soit la larve du ténébrion meunier (ou ver de farine), le grillon domestique et le criquet migrateur.
Le texte a été mis en consultation à fin juin et les milieux intéressés ont jusqu’à fin octobre 2015 pour donner leur avis. L’OSAV (Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires) s’attend à ce que cette ordonnance révisée puisse entrer en vigueur dans le second semestre de 2016. Actuellement, une évaluation globale des risques est en cours. « Il pourrait encore y avoir des modifications ou des adaptations », précise l’Office.
Plusieurs producteurs sont d’ailleurs déjà sur les rangs, comme Essento ou Entomos.
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Source : swissinfo.ch, 12 août 2015
lundi 21 septembre 2015
lundi 14 septembre 2015
Changeons notre chaîne alimentaire pour résoudre la crise de l’élevage
L’élevage français est en crise, les prix de la viande de porc ou du lait ne permettent pas d’assurer un juste revenu aux éleveurs. Comble du désarroi, nos voisins allemands ou espagnols parviennent à produire de la viande de porc à des prix encore plus bas que les éleveurs français, et emportent ainsi de nouvelles parts de marché. Inutile de s’étonner d’une telle situation puisqu’on a transformé l’élevage en industrie, en créant de toutes pièces des usines à lait, à volailles ou à porc et chacun sait qu’en matière d’industrie, ce sont les entreprises les plus compétitives qui gagnent. Et comment défendre les productions françaises, si l’usine à porc bretonne a exactement les mêmes caractéristiques que sa sœur allemande.
Xavier Beulin, le président de la FNSEA a la solution. Il demande trois milliards d’euros de financement pour développer des infrastructures analogues à celles de nos voisins et souhaite des allégements de charges sociales et de contraintes environnementales. De cette manière, la concurrence sera de plus en plus exacerbée et les élevages devront franchir un pas supplémentaire dans l’industrialisation, la spécialisation et la diminution des coûts de production.
Pour un nouveau paradigme
Au final, pourquoi ne pas délocaliser les usines animales au Brésil ou ailleurs, comme cela a déjà été fait pour les volailles. Toute cette évolution est, bien sûr, monstrueuse sur le plan du respect du vivant, totalement inadaptée sur le plan écologique, absurde sur le plan économique et social et même inefficace sur le plan nutritionnel.
Finalement, l’étendue des dérives des élevages industriels dans le monde est le reflet d’une crise profonde de civilisation que l’humanité devra résoudre pour clarifier ses rapports avec la nature, affirmer son respect du vivant et développer des modes alimentaires durables et équitables. C’est d’un changement de paradigme dont nous avons besoin. Quels traitements devons-nous accorder aux animaux ? Quelle juste place accorder à l’avenir à l’élevage après des millénaires de co-évolution avec les populations humaines ? Comment intégrer l’élevage dans une démarche globale d’agroécologie ? Quelles proportions de calories d’origine animale avons-nous réellement besoin ?
Les réponses à ce questionnement sont relativement simples et seule leur prise en compte permettrait de sortir de cette situation absurde dans laquelle une majorité d’éleveurs se sont fourvoyés avec le consentement tacite des consommateurs trop souvent attirés vers les prix les plus bas, et l’encouragement d’un marketing alimentaire à consommer beaucoup de produits animaux pour satisfaire des pseudo besoins nutritionnels.
La première question à résoudre est celle du respect des animaux, de leur comportement au-delà du soit disant bien être animal, un concept largement manipulé pour justifier l’enfermement des animaux délivrés des risques et des aléas naturels. Le comportement de chaque espèce ou race animales est parfaitement connu, celui de la vache de brouter l’herbe des prés ou le foin récolté, celui de la poule de gratter et picorer, du cochon d’utiliser son groin pour consommer feuilles, tiges et racines, et de se vautrer dans la boue pour se rafraîchir.
Le seul contrat domestique qui puisse être recevable entre l’éleveur et ses animaux serait que les conditions d’élevage soient compatibles avec le comportement global de l’espèce. Seulement, une conduite d’élevage la plus naturelle possible entraîne des contraintes considérables. Il est bien plus facile d’élever des porcs sur caillebotis qu’en plein air, de développer des élevages de chèvres hors sol que de conduire au pâturage ces animaux capricieux, de regrouper dans des usines à lait un nombre très élevé de vaches laitières autour d’un robot de traite plutôt que de déplacer un troupeau entier.
Les conditions contre nature des élevages industriels ont été en vain souvent montrées et dénoncées et au final justifiées par la prétendue nécessité nutritionnelle de fournir à chaque consommateur des quantités suffisamment élevées de produits animaux, à l’instar de ce slogan ministériel abusif des trois produits laitiers par jour, inefficace pour améliorer la santé osseuse. En fait, du point de vue nutritionnel, nos besoins quantitatifs en protéines animales sont très faibles. Cela tombe bien, car pour sortir de l’impasse, nous n’avons pas d’autre choix sur le plan éthique que de pratiquer des élevages plus naturels et moins performants, en améliorant même si possible les pratiques anciennes pas toujours vertueuses.
De nouvelles conduites d’élevage, exemplaires sur le plan du respect du comportement animal redonneraient un sens au métier d’éleveur et leur permettraient bien plus sûrement de gagner leur vie par la valorisation de leur production. Certes les prix de la viande et du lait doubleraient certainement, mais d’un autre côté, sur le plan de la santé publique, il serait souhaitable de consommer deux fois moins de produits animaux (qui plus est de meilleure qualité nutritionnelle). L’équation économique serait ainsi largement inchangée pour un bénéfice social et écologique considérable.
Réduire la consommation en produits animaux en Occident
Il est bien connu que les régimes alimentaires de type occidental sont bien trop riches en calories d’origine animale - qui représentent près du tiers de l’énergie ingérée. Cette consommation élevée de produits animaux pose en effet des problèmes de santé publique, en particulier via les graisses animales. Aussi pourrions-nous diminuer leur consommation de moitié : 15 % des calories en produits animaux équivalent encore à une consommation d’un yaourt, d’un œuf et de 100g de viandes par jour, ce qui peut suffire au plus grand nombre !
Inutile de rentrer dans le débat végétarien, une modération très sensible de la consommation de produits animaux serait déjà une solution raisonnable sur le plan nutritionnel et culturel, qui permettrait enfin une conduite plus écologique de l’élevage. Encore faudrait-il que les pouvoirs publics donnent un signal fort aux citoyens pour parvenir à réduire de moitié en 20 ans le niveau de consommation actuel des calories d’origine animale - ils ont plutôt tendance à faire l’inverse - en expliquant les bénéfices et les enjeux d’une telle évolution, à l’instar des objectifs de réduction de gaz à effet de serre.
D’ailleurs, la désintensification de l’élevage est aussi un objectif écologique majeur, puisque ce secteur par ses émissions directes, ou via les activités agricoles qui lui sont liées est responsable selon la FAO de près de 15 % des émissions de gaz à effet de serre. Le développement des élevages industriels de par le monde pour répondre à une consommation toujours croissante de produits animaux devrait déjà être dénoncé dans le cadre de la COP 21, ce qui serait une amorce de changement salutaire.
Développer un autre discours nutritionnel
Cependant l’élévation de la consommation de produits animaux demeure encore un marqueur culturel fort d’un enrichissement économique qu’il serait urgent de dénoncer. Les discours nutritionnels conventionnels ont trop longtemps mis l’accent sur les besoins en protéines si bien que beaucoup d’hommes le perçoivent comme le besoin majeur à assouvir avec les conséquences que l’on sait.
Il devient urgent de développer un autre type de vulgarisation, en cessant de justifier voire de soutenir les dérives des élevages actuels et en prônant une consommation modérée de produits animaux, puisque les besoins humains en protéines sont si faciles à couvrir en particulier par une alimentation végétale diversifiée.
Seule une perception plus juste de nos besoins pourrait contribuer à donner une place plus juste à l’élevage dans la chaîne alimentaire. Enfin délivrés de contraintes quantitatives insoutenables, des élevages plus nombreux et mieux répartis sur le territoire pourraient aider au développement d’une agro écologie nouvelle, tout en valorisant des espaces ou des productions agricoles.
Voilà, en tant que citoyens nous sommes responsables par nos choix alimentaires de l’évolution des élevages avec des conséquences écologiques et socio-économiques majeures. Les agriculteurs et les éleveurs devraient également prendre conscience de la complexité du problème et afficher la volonté ferme de le résoudre, plutôt que de chercher à produire toujours plus. Quand au discours politique, il est terriblement absent, comment pourrait-on parler juste à propos de climat ou d’écologie, tout en ayant une approche aussi conventionnelle et désuète en matière d’alimentation humaine pour satisfaire les lobbies. C’est à la société tout entière de remettre en question son approche de l’élevage et de ses habitudes alimentaires. Cela prendra du temps !
Christian Rémésy est nutritionniste et directeur de recherche à l’Institut national de recherche agronomique
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Source : C. Rémésy, LeMonde.fr, 2 septembre 2015
Xavier Beulin, le président de la FNSEA a la solution. Il demande trois milliards d’euros de financement pour développer des infrastructures analogues à celles de nos voisins et souhaite des allégements de charges sociales et de contraintes environnementales. De cette manière, la concurrence sera de plus en plus exacerbée et les élevages devront franchir un pas supplémentaire dans l’industrialisation, la spécialisation et la diminution des coûts de production.
Pour un nouveau paradigme
Au final, pourquoi ne pas délocaliser les usines animales au Brésil ou ailleurs, comme cela a déjà été fait pour les volailles. Toute cette évolution est, bien sûr, monstrueuse sur le plan du respect du vivant, totalement inadaptée sur le plan écologique, absurde sur le plan économique et social et même inefficace sur le plan nutritionnel.
Finalement, l’étendue des dérives des élevages industriels dans le monde est le reflet d’une crise profonde de civilisation que l’humanité devra résoudre pour clarifier ses rapports avec la nature, affirmer son respect du vivant et développer des modes alimentaires durables et équitables. C’est d’un changement de paradigme dont nous avons besoin. Quels traitements devons-nous accorder aux animaux ? Quelle juste place accorder à l’avenir à l’élevage après des millénaires de co-évolution avec les populations humaines ? Comment intégrer l’élevage dans une démarche globale d’agroécologie ? Quelles proportions de calories d’origine animale avons-nous réellement besoin ?
Les réponses à ce questionnement sont relativement simples et seule leur prise en compte permettrait de sortir de cette situation absurde dans laquelle une majorité d’éleveurs se sont fourvoyés avec le consentement tacite des consommateurs trop souvent attirés vers les prix les plus bas, et l’encouragement d’un marketing alimentaire à consommer beaucoup de produits animaux pour satisfaire des pseudo besoins nutritionnels.
La première question à résoudre est celle du respect des animaux, de leur comportement au-delà du soit disant bien être animal, un concept largement manipulé pour justifier l’enfermement des animaux délivrés des risques et des aléas naturels. Le comportement de chaque espèce ou race animales est parfaitement connu, celui de la vache de brouter l’herbe des prés ou le foin récolté, celui de la poule de gratter et picorer, du cochon d’utiliser son groin pour consommer feuilles, tiges et racines, et de se vautrer dans la boue pour se rafraîchir.
Le seul contrat domestique qui puisse être recevable entre l’éleveur et ses animaux serait que les conditions d’élevage soient compatibles avec le comportement global de l’espèce. Seulement, une conduite d’élevage la plus naturelle possible entraîne des contraintes considérables. Il est bien plus facile d’élever des porcs sur caillebotis qu’en plein air, de développer des élevages de chèvres hors sol que de conduire au pâturage ces animaux capricieux, de regrouper dans des usines à lait un nombre très élevé de vaches laitières autour d’un robot de traite plutôt que de déplacer un troupeau entier.
Les conditions contre nature des élevages industriels ont été en vain souvent montrées et dénoncées et au final justifiées par la prétendue nécessité nutritionnelle de fournir à chaque consommateur des quantités suffisamment élevées de produits animaux, à l’instar de ce slogan ministériel abusif des trois produits laitiers par jour, inefficace pour améliorer la santé osseuse. En fait, du point de vue nutritionnel, nos besoins quantitatifs en protéines animales sont très faibles. Cela tombe bien, car pour sortir de l’impasse, nous n’avons pas d’autre choix sur le plan éthique que de pratiquer des élevages plus naturels et moins performants, en améliorant même si possible les pratiques anciennes pas toujours vertueuses.
De nouvelles conduites d’élevage, exemplaires sur le plan du respect du comportement animal redonneraient un sens au métier d’éleveur et leur permettraient bien plus sûrement de gagner leur vie par la valorisation de leur production. Certes les prix de la viande et du lait doubleraient certainement, mais d’un autre côté, sur le plan de la santé publique, il serait souhaitable de consommer deux fois moins de produits animaux (qui plus est de meilleure qualité nutritionnelle). L’équation économique serait ainsi largement inchangée pour un bénéfice social et écologique considérable.
Réduire la consommation en produits animaux en Occident
Il est bien connu que les régimes alimentaires de type occidental sont bien trop riches en calories d’origine animale - qui représentent près du tiers de l’énergie ingérée. Cette consommation élevée de produits animaux pose en effet des problèmes de santé publique, en particulier via les graisses animales. Aussi pourrions-nous diminuer leur consommation de moitié : 15 % des calories en produits animaux équivalent encore à une consommation d’un yaourt, d’un œuf et de 100g de viandes par jour, ce qui peut suffire au plus grand nombre !
Inutile de rentrer dans le débat végétarien, une modération très sensible de la consommation de produits animaux serait déjà une solution raisonnable sur le plan nutritionnel et culturel, qui permettrait enfin une conduite plus écologique de l’élevage. Encore faudrait-il que les pouvoirs publics donnent un signal fort aux citoyens pour parvenir à réduire de moitié en 20 ans le niveau de consommation actuel des calories d’origine animale - ils ont plutôt tendance à faire l’inverse - en expliquant les bénéfices et les enjeux d’une telle évolution, à l’instar des objectifs de réduction de gaz à effet de serre.
D’ailleurs, la désintensification de l’élevage est aussi un objectif écologique majeur, puisque ce secteur par ses émissions directes, ou via les activités agricoles qui lui sont liées est responsable selon la FAO de près de 15 % des émissions de gaz à effet de serre. Le développement des élevages industriels de par le monde pour répondre à une consommation toujours croissante de produits animaux devrait déjà être dénoncé dans le cadre de la COP 21, ce qui serait une amorce de changement salutaire.
Développer un autre discours nutritionnel
Cependant l’élévation de la consommation de produits animaux demeure encore un marqueur culturel fort d’un enrichissement économique qu’il serait urgent de dénoncer. Les discours nutritionnels conventionnels ont trop longtemps mis l’accent sur les besoins en protéines si bien que beaucoup d’hommes le perçoivent comme le besoin majeur à assouvir avec les conséquences que l’on sait.
Il devient urgent de développer un autre type de vulgarisation, en cessant de justifier voire de soutenir les dérives des élevages actuels et en prônant une consommation modérée de produits animaux, puisque les besoins humains en protéines sont si faciles à couvrir en particulier par une alimentation végétale diversifiée.
Seule une perception plus juste de nos besoins pourrait contribuer à donner une place plus juste à l’élevage dans la chaîne alimentaire. Enfin délivrés de contraintes quantitatives insoutenables, des élevages plus nombreux et mieux répartis sur le territoire pourraient aider au développement d’une agro écologie nouvelle, tout en valorisant des espaces ou des productions agricoles.
Voilà, en tant que citoyens nous sommes responsables par nos choix alimentaires de l’évolution des élevages avec des conséquences écologiques et socio-économiques majeures. Les agriculteurs et les éleveurs devraient également prendre conscience de la complexité du problème et afficher la volonté ferme de le résoudre, plutôt que de chercher à produire toujours plus. Quand au discours politique, il est terriblement absent, comment pourrait-on parler juste à propos de climat ou d’écologie, tout en ayant une approche aussi conventionnelle et désuète en matière d’alimentation humaine pour satisfaire les lobbies. C’est à la société tout entière de remettre en question son approche de l’élevage et de ses habitudes alimentaires. Cela prendra du temps !
Christian Rémésy est nutritionniste et directeur de recherche à l’Institut national de recherche agronomique
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Source : C. Rémésy, LeMonde.fr, 2 septembre 2015
vendredi 11 septembre 2015
Matthieu Ricard : « Pour des menus végétariens à l’école »
Matthieu Ricard est essayiste, moine bouddhiste tibétain. Il sera présent au Monde Festival pour une « conversation » sur le thème « Faut-il continuer à manger de la viande ? » dimanche 27 septembre à 15h30 à l’Opéra Bastille.
S’opposant à l’introduction d’un menu végétarien au choix pour les élèves des écoles, menu laïque par excellence qui a la vertu de ne pouvoir offenser personne tout en étant bon pour la santé, l’environnement et, bien sûr, les animaux, le maire de Châlon-sur-Saône, Gilles Platret, a déclaré qu’un tel menu posait « d’énormes problèmes » et que, « selon un grand nombre de diététiciens », le régime végétarien « n’apporte pas toutes les ressources nutritionnelles suffisantes pour l’enfant, en particulier le fer, dont la carence est source de fatigue pour l’écolier ».
Lire aussi : Le repas végétarien, le plus laïc de tous
Feu mon père Jean-François Revel parlait de la « connaissance inutile », qui est aussi le titre de l’un de ses ouvrages. Il est en effet désolant que des connaissances scientifiques avérées et aisément accessibles soient traitées comme si elles n’existaient pas. Le mythe des protéines « incomplètes », perpétué notamment par l’industrie de la viande, repose sur des recherches anciennes et désuètes.
Selon des données plus fiables fournies par l’Organisation mondiale de la santé et l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les neuf acides aminés essentiels sont présents en quantité et en proportions suffisantes dans la plupart des nourritures végétales. De plus, en ce qui concerne la teneur en protéines, la comparaison d’une centaine d’aliments, établie par la FAO, montre que les 13 premiers de la liste sont des végétaux (dont le soja, 38,2 %, le pois carré, 33,1 %, le haricot rouge et les lentilles, 23,5 %) et un champignon (la levure de bière, 48 %).
La viande, loin derrière les nourritures végétales
La première viande, le jambon de porc, vient en 14e position avec 22,5 %, le premier poisson, le thon, en 23e position avec 21,5 %, tandis que les œufs et le lait viennent respectivement en 33e et en 75e position avec seulement 12,5 et 3,3 % de protéines. Une alimentation normale à base de végétaux suffit donc largement à pouvoir à nos besoins en protéines, en quantité et en qualité. De fait, c’est la nourriture carnée qui pose des problèmes. Une étude menée par l’institut EPIC (European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition), portant sur 521 000 individus, a montré que les sujets qui mangeaient le plus de viande rouge avaient 35 % de risques supplémentaires de développer un cancer du côlon que ceux qui en consommaient le moins.
D’après une autre étude publiée à l’université Harvard en 2012 par An Pan, Frank Hu et leurs collègues, portant sur plus de 100 000 personnes suivies pendant de nombreuses années, la consommation quotidienne de viande est associée à un risque accru de mortalité cardio-vasculaire de 18 % chez les hommes et de 21 % chez les femmes, tandis que la mortalité par cancer représente respectivement 10 % et 16 %. Chez les gros consommateurs de viande rouge, le simple fait de remplacer la viande par des céréales complètes ou d’autres sources de protéines végétales diminue de 14 % le risque de mortalité précoce. Par ailleurs, à cause du phénomène de bioconcentration, la viande contient environ quatorze fois plus de résidus de pesticides que les végétaux, les produits laitiers cinq fois plus.
Les polluants organiques persistants s’accumulent en effet dans les tissus graisseux des animaux et entrent ainsi dans l’alimentation humaine. Ces polluants organiques se retrouvent également dans la chair des poissons d’élevage, nourris d’aliments concentrés fabriqués entre autres à partir de protéines animales. Ces molécules sont non seulement cancérigènes, mais aussi toxiques pour le développement du système nerveux du fœtus et des jeunes enfants. Quant à la vitamine B12, indispensable à la formation de l’hémoglobine du sang, elle est pratiquement absente des plantes, mais on la trouve dans le lait et les œufs. Les végans [qui s’abstiennent de toute nourriture d’origine animale] ont, par conséquent, besoin de s’en procurer sous forme de compléments alimentaires, qui peuvent être fabriqués à partir de cultures de bactéries.
Recommandations inappropriées
Au vu des études menées depuis une vingtaine d’années, affirmer, comme le fait l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes), à propos de ceux qui souhaitent s’abstenir de produits d’origine animale que « ce type d’alimentation fait courir à long terme des risques pour la santé » est donc scientifiquement inexact. Les recommandations qui en découlent sont, par voie de conséquence, inappropriées.
Pour ceux qui penseraient que le fait d’être végétarien affecte les performances physiques, la liste des champions végétariens et végans parle d’elle-même : Carl Lewis, titulaire de neuf médailles d’or aux Jeux olympiques, Bode Miller, médaillé olympique de ski alpin, Edwin Moses, invaincu 122 fois d’affilée sur le 400 mètres haies, Martina Navratilova, détentrice du plus grand nombre de titres dans l’histoire du tennis, l’ultramarathonien américain Scott Jurek, Patrik Baboumian, dénommé « l’homme le plus fort du monde », Fauja Singh, un Indien végétarien qui fut le premier centenaire à courir un marathon et le jeune champion du monde de la mémoire, Jonas von Essen.
Les assureurs ne s’y trompent pas : aux Etats-Unis, Kaiser Permanente, une importante société d’assurance-maladie, avec plus de 9 millions de membres, incite les médecins à « recommander une diète à base de végétaux à tous leurs patients ». Au Royaume-Uni, une assurance-vie propose même 25 % de rabais pour les végétariens et les végétaliens. Les auteurs d’une étude anglaise réalisée sur 65 000 personnes dont 17 000 végétariens ou végans concluent : « Les gouvernements qui désirent mettre à jour leur définition d’un régime propice à la santé et respectueux de l’environnement doivent recommander de diminuer la consommation de produits animaux. » A bon entendeur, salut !
Changer le monde : c’est le thème de l’édition 2015 du Monde Festival qui a lieu les 25, 26 et 27 septembre à Paris avec Anne Hidalgo, Emmanuel Macron, Thomas Piketty, Matthieu Ricard, Evgeny Morozov, Jordi Savall… Comment réguler Internet ? Va-t-on vers la fin de la croissance ? Quels contre-pouvoirs à la civilisation numérique ? La musique peut-elle changer le monde ? Retrouvez le programme sur Le Monde Festival.
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Source : LeMonde.fr, 1er septembre 2015
S’opposant à l’introduction d’un menu végétarien au choix pour les élèves des écoles, menu laïque par excellence qui a la vertu de ne pouvoir offenser personne tout en étant bon pour la santé, l’environnement et, bien sûr, les animaux, le maire de Châlon-sur-Saône, Gilles Platret, a déclaré qu’un tel menu posait « d’énormes problèmes » et que, « selon un grand nombre de diététiciens », le régime végétarien « n’apporte pas toutes les ressources nutritionnelles suffisantes pour l’enfant, en particulier le fer, dont la carence est source de fatigue pour l’écolier ».
Lire aussi : Le repas végétarien, le plus laïc de tous
Feu mon père Jean-François Revel parlait de la « connaissance inutile », qui est aussi le titre de l’un de ses ouvrages. Il est en effet désolant que des connaissances scientifiques avérées et aisément accessibles soient traitées comme si elles n’existaient pas. Le mythe des protéines « incomplètes », perpétué notamment par l’industrie de la viande, repose sur des recherches anciennes et désuètes.
Selon des données plus fiables fournies par l’Organisation mondiale de la santé et l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les neuf acides aminés essentiels sont présents en quantité et en proportions suffisantes dans la plupart des nourritures végétales. De plus, en ce qui concerne la teneur en protéines, la comparaison d’une centaine d’aliments, établie par la FAO, montre que les 13 premiers de la liste sont des végétaux (dont le soja, 38,2 %, le pois carré, 33,1 %, le haricot rouge et les lentilles, 23,5 %) et un champignon (la levure de bière, 48 %).
La viande, loin derrière les nourritures végétales
La première viande, le jambon de porc, vient en 14e position avec 22,5 %, le premier poisson, le thon, en 23e position avec 21,5 %, tandis que les œufs et le lait viennent respectivement en 33e et en 75e position avec seulement 12,5 et 3,3 % de protéines. Une alimentation normale à base de végétaux suffit donc largement à pouvoir à nos besoins en protéines, en quantité et en qualité. De fait, c’est la nourriture carnée qui pose des problèmes. Une étude menée par l’institut EPIC (European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition), portant sur 521 000 individus, a montré que les sujets qui mangeaient le plus de viande rouge avaient 35 % de risques supplémentaires de développer un cancer du côlon que ceux qui en consommaient le moins.
D’après une autre étude publiée à l’université Harvard en 2012 par An Pan, Frank Hu et leurs collègues, portant sur plus de 100 000 personnes suivies pendant de nombreuses années, la consommation quotidienne de viande est associée à un risque accru de mortalité cardio-vasculaire de 18 % chez les hommes et de 21 % chez les femmes, tandis que la mortalité par cancer représente respectivement 10 % et 16 %. Chez les gros consommateurs de viande rouge, le simple fait de remplacer la viande par des céréales complètes ou d’autres sources de protéines végétales diminue de 14 % le risque de mortalité précoce. Par ailleurs, à cause du phénomène de bioconcentration, la viande contient environ quatorze fois plus de résidus de pesticides que les végétaux, les produits laitiers cinq fois plus.
Les polluants organiques persistants s’accumulent en effet dans les tissus graisseux des animaux et entrent ainsi dans l’alimentation humaine. Ces polluants organiques se retrouvent également dans la chair des poissons d’élevage, nourris d’aliments concentrés fabriqués entre autres à partir de protéines animales. Ces molécules sont non seulement cancérigènes, mais aussi toxiques pour le développement du système nerveux du fœtus et des jeunes enfants. Quant à la vitamine B12, indispensable à la formation de l’hémoglobine du sang, elle est pratiquement absente des plantes, mais on la trouve dans le lait et les œufs. Les végans [qui s’abstiennent de toute nourriture d’origine animale] ont, par conséquent, besoin de s’en procurer sous forme de compléments alimentaires, qui peuvent être fabriqués à partir de cultures de bactéries.
Recommandations inappropriées
Au vu des études menées depuis une vingtaine d’années, affirmer, comme le fait l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes), à propos de ceux qui souhaitent s’abstenir de produits d’origine animale que « ce type d’alimentation fait courir à long terme des risques pour la santé » est donc scientifiquement inexact. Les recommandations qui en découlent sont, par voie de conséquence, inappropriées.
Pour ceux qui penseraient que le fait d’être végétarien affecte les performances physiques, la liste des champions végétariens et végans parle d’elle-même : Carl Lewis, titulaire de neuf médailles d’or aux Jeux olympiques, Bode Miller, médaillé olympique de ski alpin, Edwin Moses, invaincu 122 fois d’affilée sur le 400 mètres haies, Martina Navratilova, détentrice du plus grand nombre de titres dans l’histoire du tennis, l’ultramarathonien américain Scott Jurek, Patrik Baboumian, dénommé « l’homme le plus fort du monde », Fauja Singh, un Indien végétarien qui fut le premier centenaire à courir un marathon et le jeune champion du monde de la mémoire, Jonas von Essen.
Les assureurs ne s’y trompent pas : aux Etats-Unis, Kaiser Permanente, une importante société d’assurance-maladie, avec plus de 9 millions de membres, incite les médecins à « recommander une diète à base de végétaux à tous leurs patients ». Au Royaume-Uni, une assurance-vie propose même 25 % de rabais pour les végétariens et les végétaliens. Les auteurs d’une étude anglaise réalisée sur 65 000 personnes dont 17 000 végétariens ou végans concluent : « Les gouvernements qui désirent mettre à jour leur définition d’un régime propice à la santé et respectueux de l’environnement doivent recommander de diminuer la consommation de produits animaux. » A bon entendeur, salut !
Changer le monde : c’est le thème de l’édition 2015 du Monde Festival qui a lieu les 25, 26 et 27 septembre à Paris avec Anne Hidalgo, Emmanuel Macron, Thomas Piketty, Matthieu Ricard, Evgeny Morozov, Jordi Savall… Comment réguler Internet ? Va-t-on vers la fin de la croissance ? Quels contre-pouvoirs à la civilisation numérique ? La musique peut-elle changer le monde ? Retrouvez le programme sur Le Monde Festival.
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Source : LeMonde.fr, 1er septembre 2015
jeudi 10 septembre 2015
En Bolivie, des biscuits aux lombrics pour faire le plein de protéines
(AFP) - Une poignée de lombrics se tordent dans un mélange d'eau et de sel, jusqu'à se vider et mourir. Réduits en farine, ces vers de terre entreront ensuite dans la composition de biscuits riches en protéines vendues dans des petites boutiques de Bolivie. "Après cette étape, nous les mettons au four, à 50 degrés, pendant une heure. Les vers de terre sortent comme du +charqui+ (de la viande séchée) et passent ensuite à la meule pour obtenir de la farine", explique à l'AFP Leydi Rios, technicienne dans la petite fabrique artisanale de biscuits du Centre agricole Jhesua, à Paracaya, dans la région de Cochabamba (centre).
Le patron de l'entreprise, Jesús Orellana, un technicien agricole de 26 ans, raconte avoir eu cette idée après un voyage au Mexique, où il vu des exemples de lombriculture. Il assure que le procédé pour obtenir la farine est extrêmement méticuleux et garantit la propreté du produit fini, les lombrics subissant un traitement spécial destiné à vider leurs intestins.
Eisenia foetida, un lombric rouge de Californie capable de dévorer l'équivalent de son poids chaque jour, mesure 3 à 5 mm de diamètres pour 6 à 8 cm de long et pèse environ 1,5 gramme. Chaque lombric peut produire jusqu'à un kilo de jeunes par an et il faut 16 kg de vers pour 900 g de farine.
Il sort de son atelier 125 kilos de biscuits par mois.
Produit phare
"La farine de lombric est très bonne pour la santé", affirme M. Orellana, qui a lancé cette année la production de ses galettes dans la région de Paracaya, à 2.500 m d'altitude. Ce produit "améliore la masse musculaire, augmente l'activité cérébrale, empêche l'anémie. C'est bon pour le diabète aussi", détaille l'entrepreneur.
D'après un rapport qu'il a commandé à la Faculté de médecine et de biochimie de l'Université publique San Simon de Cochabamba, "dans 100 grammes de farine de lombric, il y a 44,7% de protéines, ainsi que du calcium, du fer et du phosphore". Les chercheurs ont également identifié des acides aminés essentiels, vitaux pour la croissance, le système immunitaire et la réparation des tissus musculaires.
La farine de vers de terre est mélangée avec de la farine de blé, d'orge ou de haricot puis on y ajoute du chia, des antioxydants, de calcium, des protéines et des oméga 3. Pour donner de la saveur aux biscuits, la recette comprend aussi des extraits naturels de noix de coco et de vanille.
"C'est notre produit phare", sourit Roxana Borges, distributrice des galettes, qui tient une boutique à Paracaya. Elle sont achetées notamment par des mères à la recherche de produits riches pour leur progéniture, mais qui demandent qu'on retire l'image du ver de terre sur les emballages. "Les gens au début réagissent en disant "Comment je vais manger ça ?", puis ils se rendent compte que c'est bon", raconte-t-elle. "Le goût est bon, (mais) avant je ne voulais pas en manger", raconte à l'AFP Yesenia Nina Tenorio, 20 ans, en ajoutant que cela ressemble à n'importe quel biscuit.
Dans d'autres pays, le ver de terre est déjà mis à profit pour divers usages : production d'humus pour les cultures à partir des déchets végétaux, ou en médecine homéopathique pour augmenter les taux de glucose, triglycérides et créatinine, par exemple au Mexique.
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Source : AFP, leparisien.fr, 2 septembre 2015
Le patron de l'entreprise, Jesús Orellana, un technicien agricole de 26 ans, raconte avoir eu cette idée après un voyage au Mexique, où il vu des exemples de lombriculture. Il assure que le procédé pour obtenir la farine est extrêmement méticuleux et garantit la propreté du produit fini, les lombrics subissant un traitement spécial destiné à vider leurs intestins.
Eisenia foetida, un lombric rouge de Californie capable de dévorer l'équivalent de son poids chaque jour, mesure 3 à 5 mm de diamètres pour 6 à 8 cm de long et pèse environ 1,5 gramme. Chaque lombric peut produire jusqu'à un kilo de jeunes par an et il faut 16 kg de vers pour 900 g de farine.
Il sort de son atelier 125 kilos de biscuits par mois.
Produit phare
"La farine de lombric est très bonne pour la santé", affirme M. Orellana, qui a lancé cette année la production de ses galettes dans la région de Paracaya, à 2.500 m d'altitude. Ce produit "améliore la masse musculaire, augmente l'activité cérébrale, empêche l'anémie. C'est bon pour le diabète aussi", détaille l'entrepreneur.
D'après un rapport qu'il a commandé à la Faculté de médecine et de biochimie de l'Université publique San Simon de Cochabamba, "dans 100 grammes de farine de lombric, il y a 44,7% de protéines, ainsi que du calcium, du fer et du phosphore". Les chercheurs ont également identifié des acides aminés essentiels, vitaux pour la croissance, le système immunitaire et la réparation des tissus musculaires.
La farine de vers de terre est mélangée avec de la farine de blé, d'orge ou de haricot puis on y ajoute du chia, des antioxydants, de calcium, des protéines et des oméga 3. Pour donner de la saveur aux biscuits, la recette comprend aussi des extraits naturels de noix de coco et de vanille.
"C'est notre produit phare", sourit Roxana Borges, distributrice des galettes, qui tient une boutique à Paracaya. Elle sont achetées notamment par des mères à la recherche de produits riches pour leur progéniture, mais qui demandent qu'on retire l'image du ver de terre sur les emballages. "Les gens au début réagissent en disant "Comment je vais manger ça ?", puis ils se rendent compte que c'est bon", raconte-t-elle. "Le goût est bon, (mais) avant je ne voulais pas en manger", raconte à l'AFP Yesenia Nina Tenorio, 20 ans, en ajoutant que cela ressemble à n'importe quel biscuit.
Dans d'autres pays, le ver de terre est déjà mis à profit pour divers usages : production d'humus pour les cultures à partir des déchets végétaux, ou en médecine homéopathique pour augmenter les taux de glucose, triglycérides et créatinine, par exemple au Mexique.
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Source : AFP, leparisien.fr, 2 septembre 2015
mercredi 9 septembre 2015
La viande in vitro, solution d’avenir ou gadget high tech ?
La demande mondiale de viande devrait doubler d’ici à 2050, avec de lourdes conséquences environnementales et sanitaires. La viande artificielle tente de s’imposer comme une alternative crédible.
La colère des éleveurs français, qui manifestent et bloquent les routes depuis juillet pour dénoncer les baisses de prix intenables du lait et de la viande, a de multiples causes: pression de la grande distribution, distorsions de concurrence avec des pays européens comme l’Allemagne, fermeture de marchés exports comme la Russie… mais aussi, de façon plus structurelle, le déclin depuis plusieurs années de la consommation de viande en France, essentiellement lié au recul de celle de viande bovine. Une tendance lourde dans une nation de carnivores (encore 88 kg de viande par habitant et par an), mais qui est loin d’être unique puisqu’ aux États-Unis, pays du hamburger, on parle d’un peak meat (comme du peak oil pour le pétrole), c’est-à-dire d’un maximum de consommation carnée, atteint en 2004 (après une progression spectaculaire débutée vers 1945).
La FAO constate d’ailleurs une certaine stabilisation de la consommation mondiale de viande par habitant, après avoir triplé en cinquante ans. Aujourd’hui, celle-ci est en moyenne de 42,9 kg par habitant (76 kg dans les pays développés contre 33,7 dans les pays en développement). En revanche, la production totale ne cesse de progresser au rythme de la démographie (près de 312 millions de tonnes en 2014 selon ses estimations, en hausse de 1,1% par rapport à 2013). Et les perspectives de croissance de la FAO anticipent un quasi doublement de la production à l’horizon 2050, pour répondre à la demande de 9 milliards d’humains. D’autant que, si la consommation par personne stagne ou régresse en Occident, la plupart des experts tablent sur une forte hausse dans les régions en développement, à la faveur de l’augmentation des revenus et de l’urbanisation.
Cette perspective est bien connue et ses conséquences également. Entre 70 et 80% des terres arables (pâturages, cultures destinées à l’alimentation animale) sont d’ores et déjà mobilisées pour l’élevage, activité par ailleurs très gourmande en eau et polluante puisque responsable de 18% des émissions de gaz à effet de serre selon la FAO (un chiffre de 2006 qui inclut les émissions de méthane par les ruminants, la déforestation au profit du soja, le transport, etc).
Pour de nombreux experts, le défi de nourrir neuf milliards d’individus ne sera soutenable qu’à condition de changements profonds des comportements alimentaires dans les pays riches. Catherine Esnouf, directrice scientifique adjointe «alimentation» de l’Inra, énumère trois conditions essentielles: lutter contre le gaspillage alimentaire (qui peut atteindre 30% de la production), accroître massivement le commerce mondial pour approvisionner les régions du monde déficitaires en protéines animales et, surtout, «réduire à 500 la consommation de calories animales par personne et par jour, contre 1.200 actuellement dans les pays de l’OCDE». Un pari sur l’avenir loin d’être gagné.
Frankensteak
C’est dans ce contexte qu’un chercheur de l’université de Maastricht, aux Pays-Bas, Mark Post, a triomphalement présenté en août 2013 le premier steak entièrement élaboré en laboratoire à partir de cellules de muscle de vache, multipliées in vitro à l’aide de facteurs de croissance pour former quelque chose ressemblant fortement à un hamburger. Un «frankensteak» de moins de 150 grammes dont la création, fortement médiatisée, a coûté la bagatelle de 250.000 euros mais qui, selon ses promoteurs, pourrait à terme répondre à une triple exigence: contribuer à nourrir l’humanité via cette nouvelle source de protéines; limiter les dégâts environnementaux causés par l’élevage industriel; et enfin contribuer au bien-être animal en réduisant la pratique de l’élevage en batterie et l’abattage de bovins, porcs et volailles. Tout cela sans priver les amateurs du plaisir de manger de la viande.
La question de l’approvisionnement de la population mondiale en protéines est l’un des grands enjeux d’avenir. Des solutions alternatives aux animaux d’élevage nourris aux céréales existent déjà ou sont à l’étude: la consommation d’algues, celle d’insectes (en snacking et, plus crédible, comme alimentation animale), ou, plus classiquement, le recours aux substituts de viande à base de protéines végétales restructurées (steaks de soja et autres solutions du style Beyond Meat), «un marché déjà mature qui ne se développe plus beaucoup et ne comblera pas les besoins futurs», estime cependant Pierre Feillet, directeur de recherches honoraire à l’Inra.
La viande artificielle fait donc désormais partie de ces alternatives, du moins en théorie. «Cette solution semble a priori satisfaisante à tous points de vue, en tout cas aux yeux de groupes très radicaux comme l’organisation Peta», remarque le sociologue Claude Fischler. En 2008, Peta (People for Ethical Treatments of Animals) avait d’ailleurs offert un million de dollars à celui qui arriverait à produire et commercialiser de la viande de poulet de synthèse avant le 30 juin 2012.
Mais de nombreux chercheurs ne cachent pas leur scepticisme, à commencer par l’Inra, qui a consacré une étude à ce sujet. L’un des auteurs, Jean-François Hoquette, directeur de recherches à l‘Inra et spécialiste de la question, a démonté méthodiquement la portée de cette innovation, lors d’un récent séminaire organisé par l’Ocha (Observatoire des habitudes alimentaires dépendant de l’interprofession laitière française) à Milan, dans le cadre de l’Exposition universelle qui se tient jusqu'au premier octobre 2015 autour du thème «nourrir la planète à l’horizon 2050».
Il a d’abord rappelé que la technique consistant à prélever des cellules souches capables de se multiplier jusqu’à 1018, puis de se différencier en cellules musculaires, est une techniques connue, notamment dans le monde médical (pour réparer un tissu musculaire lésé). Transférer cette technique hors de ce cadre pour fabriquer de grandes quantités de muscle est également maîtrisé, «y compris à l’Inra». En revanche, ajoute-t-il, seuls trois laboratoires dans le monde –celui de Maastricht, un autre à Tel Aviv et un labo privé américain, Modern Meadow, qui mise, lui, sur l’impression de tissus animaux en 3D– «croient qu’il y a là un potentiel technologique sous-exploité et qu’en quelques années de recherche on pourra construire des incubateurs géants qui produiront de grandes quantités de viande».
Produit bourré d’hormones
Première critique, évidente celle-ci, le prix du procédé (253.000 euros, donc). Un coût prohibitif qui s’explique: «il a fallu cultiver les cellules pendant six mois à une température de 37 degrés, avec de l’oxygène, dans un milieu de culture à base de sérum fœtal de veau, avec des hormones de synthèse , des acides aminés, des acides gras, des antibiotiques et des fongicides», explique Jean-François Hoquette. Cocktail ruineux et peu ragoûtant auquel on rajoute plus ou moins de matières grasses pour le goût, du jus de betterave et du safran pour la couleur.
Seconde critique, le résultat: «Un amas de 20.000 couches de cellules musculaires, qui ressemble à un burger, pas à un vrai steak.» Car les cellules musculaires ne sont pas vraiment reliées entre elles. «La viande, elle, est composés de fibres musculaires longues entourées d’une trame conjonctive dans lesquelles s’insèrent des nerfs, des vaisseaux sanguins, des cellules de matières grasses etc, attachées à des os, donc constamment en tension, poursuit Jean-François Hoquette. Le collagène entoure ces fibres et les rend solidaires entre elles. Or, dans cette viande in vitro, tout ceci manque. Donc selon nous, le laboratoire a travaillé de façon simpliste.» Manque aussi, ajoute-t-il, le processus de maturation de la viande (qui prend de dix à vingt jours dans le cas d’un bœuf abattu), essentiel d’un point de vue gustatif.
Troisième objection: les bienfaits sur l’environnement. Une étude mise en avant par le laboratoire de Maastricht montre que l’impact carbone de cette viande artificielle est très inférieur à celui de la viande d’élevage. Conclusion que Jean-François Hoquette remet en cause: «Tout dépend du type de viande et d’élevage. L’étude oublie de prendre en compte l’impact de la production des hormones et des acides aminés de synthèse, ainsi que le coût du chauffage et du nettoyage de ces hypothétiques incubateurs géants, sans parler des risques de pollution.»
Enfin, l’adhésion future par les consommateurs (même très opposés à l’élevage industriel) à un produit bourré d’hormones, de fongicides et d’antibiotiques lui semble très improbable.
En vente à l’horizon 2020?
Mark Post a, depuis, répondu à plusieurs de ces critiques, annonçant sa volonté d’utiliser des ingrédients plus sains. Dans une interview accordée l’été dernier à The Observer, il reconnaissait qu’il faudrait vaincre la répulsion des consommateurs vis-à-vis de ce type de produits non sans ajouter que, selon des études menée par son labo, 70% des personnes interrogées jugeaient ces recherches bénéfiques. Il a annoncé travailler à l’élaboration d’un «vrai» steak et non plus d’un hamburger, tout en admettant que ce serait beaucoup plus complexe et qu’il lui faudrait collaborer avec des spécialistes de l’impression 3D.
Quant au prix pharaonique de son hamburger, «c’est un chiffre complètement artificiel», assurait-il, estimant qu’avec la montée en puissance de la production, «et même avec la technologie actuelle», le prix pourrait tomber à terme à 15 livres sterling (21 euros) le kilo puis baisser encore via une amélioration du process, pour devenir compétitif avec le bœuf d’élevage… Il se montrait en revanche très optimiste sur la date de commercialisation de sa viande synthétique, estimant «raisonnable» l’hypothèse d’un délai de sept ans, le temps de mettre en place une réglementation. Même si, selon lui, l’industrialisation de cette nouvelle filière devrait prendre au moins vingt ans.
«Nous avons interrogé des chercheurs de nombreux pays, tous estiment qu’il subsiste des verrous technologiques importants pour la viande artificielle», rétorque Jean-François Hoquette. Avant de reconnaître que les spécialiste chinois sollicités ont, eux, jugé l’initiative «intéressante». Et ils ne sont pas les seuls: la Silicon Valley est aux aguets. Le programme de Mark Post est en grande partie financé par Sergey Brin, cofondateur avec Larry Page de Google, dont il est directeur technique. Brin se dit en effet très soucieux du réchauffement climatique et du bien-être animal. Quant à la start-up Modern Meadow, adepte de l’impression de viande en 3D, elle a notamment été soutenue à son lancement par Peter Thiel –investisseur précoce dans Facebook et co fondateur de Pay Pal– via sa société philantropique Breakout Labs.
Que ces milliardaires américains du Net injectent des fonds dans la viande in vitro n’en fait certes pas des visionnaires, ce secteur sortant largement de leur domaine de compétences. Mais cela permet à ces laboratoires privés d’avoir du temps et de l’argent devant eux. De quoi inquiéter certains scientifiques qui voient aussi dans ces ambitions futuristes des visées transhumanistes plus ou moins irresponsables et le désir de «jouer avec les grands tabous», dont celui d’un cannibalisme sans meurtre (bien plus fort que dans le film Soleil vert). Quand The Observer lui demande s’il est possible de multiplier de la viande humaine en laboratoire, Mark Post commence d’ailleurs par répondre oui, avant d’ajouter avec une fausse pudeur: «Mais êtes-vous sûr de vouloir poser cette question?»
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Source : Slate.fr, Anne Denis, 5 septembre 2015
La colère des éleveurs français, qui manifestent et bloquent les routes depuis juillet pour dénoncer les baisses de prix intenables du lait et de la viande, a de multiples causes: pression de la grande distribution, distorsions de concurrence avec des pays européens comme l’Allemagne, fermeture de marchés exports comme la Russie… mais aussi, de façon plus structurelle, le déclin depuis plusieurs années de la consommation de viande en France, essentiellement lié au recul de celle de viande bovine. Une tendance lourde dans une nation de carnivores (encore 88 kg de viande par habitant et par an), mais qui est loin d’être unique puisqu’ aux États-Unis, pays du hamburger, on parle d’un peak meat (comme du peak oil pour le pétrole), c’est-à-dire d’un maximum de consommation carnée, atteint en 2004 (après une progression spectaculaire débutée vers 1945).
La FAO constate d’ailleurs une certaine stabilisation de la consommation mondiale de viande par habitant, après avoir triplé en cinquante ans. Aujourd’hui, celle-ci est en moyenne de 42,9 kg par habitant (76 kg dans les pays développés contre 33,7 dans les pays en développement). En revanche, la production totale ne cesse de progresser au rythme de la démographie (près de 312 millions de tonnes en 2014 selon ses estimations, en hausse de 1,1% par rapport à 2013). Et les perspectives de croissance de la FAO anticipent un quasi doublement de la production à l’horizon 2050, pour répondre à la demande de 9 milliards d’humains. D’autant que, si la consommation par personne stagne ou régresse en Occident, la plupart des experts tablent sur une forte hausse dans les régions en développement, à la faveur de l’augmentation des revenus et de l’urbanisation.
Cette perspective est bien connue et ses conséquences également. Entre 70 et 80% des terres arables (pâturages, cultures destinées à l’alimentation animale) sont d’ores et déjà mobilisées pour l’élevage, activité par ailleurs très gourmande en eau et polluante puisque responsable de 18% des émissions de gaz à effet de serre selon la FAO (un chiffre de 2006 qui inclut les émissions de méthane par les ruminants, la déforestation au profit du soja, le transport, etc).
Pour de nombreux experts, le défi de nourrir neuf milliards d’individus ne sera soutenable qu’à condition de changements profonds des comportements alimentaires dans les pays riches. Catherine Esnouf, directrice scientifique adjointe «alimentation» de l’Inra, énumère trois conditions essentielles: lutter contre le gaspillage alimentaire (qui peut atteindre 30% de la production), accroître massivement le commerce mondial pour approvisionner les régions du monde déficitaires en protéines animales et, surtout, «réduire à 500 la consommation de calories animales par personne et par jour, contre 1.200 actuellement dans les pays de l’OCDE». Un pari sur l’avenir loin d’être gagné.
Frankensteak
C’est dans ce contexte qu’un chercheur de l’université de Maastricht, aux Pays-Bas, Mark Post, a triomphalement présenté en août 2013 le premier steak entièrement élaboré en laboratoire à partir de cellules de muscle de vache, multipliées in vitro à l’aide de facteurs de croissance pour former quelque chose ressemblant fortement à un hamburger. Un «frankensteak» de moins de 150 grammes dont la création, fortement médiatisée, a coûté la bagatelle de 250.000 euros mais qui, selon ses promoteurs, pourrait à terme répondre à une triple exigence: contribuer à nourrir l’humanité via cette nouvelle source de protéines; limiter les dégâts environnementaux causés par l’élevage industriel; et enfin contribuer au bien-être animal en réduisant la pratique de l’élevage en batterie et l’abattage de bovins, porcs et volailles. Tout cela sans priver les amateurs du plaisir de manger de la viande.
La question de l’approvisionnement de la population mondiale en protéines est l’un des grands enjeux d’avenir. Des solutions alternatives aux animaux d’élevage nourris aux céréales existent déjà ou sont à l’étude: la consommation d’algues, celle d’insectes (en snacking et, plus crédible, comme alimentation animale), ou, plus classiquement, le recours aux substituts de viande à base de protéines végétales restructurées (steaks de soja et autres solutions du style Beyond Meat), «un marché déjà mature qui ne se développe plus beaucoup et ne comblera pas les besoins futurs», estime cependant Pierre Feillet, directeur de recherches honoraire à l’Inra.
La viande artificielle fait donc désormais partie de ces alternatives, du moins en théorie. «Cette solution semble a priori satisfaisante à tous points de vue, en tout cas aux yeux de groupes très radicaux comme l’organisation Peta», remarque le sociologue Claude Fischler. En 2008, Peta (People for Ethical Treatments of Animals) avait d’ailleurs offert un million de dollars à celui qui arriverait à produire et commercialiser de la viande de poulet de synthèse avant le 30 juin 2012.
Mais de nombreux chercheurs ne cachent pas leur scepticisme, à commencer par l’Inra, qui a consacré une étude à ce sujet. L’un des auteurs, Jean-François Hoquette, directeur de recherches à l‘Inra et spécialiste de la question, a démonté méthodiquement la portée de cette innovation, lors d’un récent séminaire organisé par l’Ocha (Observatoire des habitudes alimentaires dépendant de l’interprofession laitière française) à Milan, dans le cadre de l’Exposition universelle qui se tient jusqu'au premier octobre 2015 autour du thème «nourrir la planète à l’horizon 2050».
Il a d’abord rappelé que la technique consistant à prélever des cellules souches capables de se multiplier jusqu’à 1018, puis de se différencier en cellules musculaires, est une techniques connue, notamment dans le monde médical (pour réparer un tissu musculaire lésé). Transférer cette technique hors de ce cadre pour fabriquer de grandes quantités de muscle est également maîtrisé, «y compris à l’Inra». En revanche, ajoute-t-il, seuls trois laboratoires dans le monde –celui de Maastricht, un autre à Tel Aviv et un labo privé américain, Modern Meadow, qui mise, lui, sur l’impression de tissus animaux en 3D– «croient qu’il y a là un potentiel technologique sous-exploité et qu’en quelques années de recherche on pourra construire des incubateurs géants qui produiront de grandes quantités de viande».
Produit bourré d’hormones
Première critique, évidente celle-ci, le prix du procédé (253.000 euros, donc). Un coût prohibitif qui s’explique: «il a fallu cultiver les cellules pendant six mois à une température de 37 degrés, avec de l’oxygène, dans un milieu de culture à base de sérum fœtal de veau, avec des hormones de synthèse , des acides aminés, des acides gras, des antibiotiques et des fongicides», explique Jean-François Hoquette. Cocktail ruineux et peu ragoûtant auquel on rajoute plus ou moins de matières grasses pour le goût, du jus de betterave et du safran pour la couleur.
Seconde critique, le résultat: «Un amas de 20.000 couches de cellules musculaires, qui ressemble à un burger, pas à un vrai steak.» Car les cellules musculaires ne sont pas vraiment reliées entre elles. «La viande, elle, est composés de fibres musculaires longues entourées d’une trame conjonctive dans lesquelles s’insèrent des nerfs, des vaisseaux sanguins, des cellules de matières grasses etc, attachées à des os, donc constamment en tension, poursuit Jean-François Hoquette. Le collagène entoure ces fibres et les rend solidaires entre elles. Or, dans cette viande in vitro, tout ceci manque. Donc selon nous, le laboratoire a travaillé de façon simpliste.» Manque aussi, ajoute-t-il, le processus de maturation de la viande (qui prend de dix à vingt jours dans le cas d’un bœuf abattu), essentiel d’un point de vue gustatif.
Troisième objection: les bienfaits sur l’environnement. Une étude mise en avant par le laboratoire de Maastricht montre que l’impact carbone de cette viande artificielle est très inférieur à celui de la viande d’élevage. Conclusion que Jean-François Hoquette remet en cause: «Tout dépend du type de viande et d’élevage. L’étude oublie de prendre en compte l’impact de la production des hormones et des acides aminés de synthèse, ainsi que le coût du chauffage et du nettoyage de ces hypothétiques incubateurs géants, sans parler des risques de pollution.»
Enfin, l’adhésion future par les consommateurs (même très opposés à l’élevage industriel) à un produit bourré d’hormones, de fongicides et d’antibiotiques lui semble très improbable.
En vente à l’horizon 2020?
Mark Post a, depuis, répondu à plusieurs de ces critiques, annonçant sa volonté d’utiliser des ingrédients plus sains. Dans une interview accordée l’été dernier à The Observer, il reconnaissait qu’il faudrait vaincre la répulsion des consommateurs vis-à-vis de ce type de produits non sans ajouter que, selon des études menée par son labo, 70% des personnes interrogées jugeaient ces recherches bénéfiques. Il a annoncé travailler à l’élaboration d’un «vrai» steak et non plus d’un hamburger, tout en admettant que ce serait beaucoup plus complexe et qu’il lui faudrait collaborer avec des spécialistes de l’impression 3D.
Quant au prix pharaonique de son hamburger, «c’est un chiffre complètement artificiel», assurait-il, estimant qu’avec la montée en puissance de la production, «et même avec la technologie actuelle», le prix pourrait tomber à terme à 15 livres sterling (21 euros) le kilo puis baisser encore via une amélioration du process, pour devenir compétitif avec le bœuf d’élevage… Il se montrait en revanche très optimiste sur la date de commercialisation de sa viande synthétique, estimant «raisonnable» l’hypothèse d’un délai de sept ans, le temps de mettre en place une réglementation. Même si, selon lui, l’industrialisation de cette nouvelle filière devrait prendre au moins vingt ans.
«Nous avons interrogé des chercheurs de nombreux pays, tous estiment qu’il subsiste des verrous technologiques importants pour la viande artificielle», rétorque Jean-François Hoquette. Avant de reconnaître que les spécialiste chinois sollicités ont, eux, jugé l’initiative «intéressante». Et ils ne sont pas les seuls: la Silicon Valley est aux aguets. Le programme de Mark Post est en grande partie financé par Sergey Brin, cofondateur avec Larry Page de Google, dont il est directeur technique. Brin se dit en effet très soucieux du réchauffement climatique et du bien-être animal. Quant à la start-up Modern Meadow, adepte de l’impression de viande en 3D, elle a notamment été soutenue à son lancement par Peter Thiel –investisseur précoce dans Facebook et co fondateur de Pay Pal– via sa société philantropique Breakout Labs.
Que ces milliardaires américains du Net injectent des fonds dans la viande in vitro n’en fait certes pas des visionnaires, ce secteur sortant largement de leur domaine de compétences. Mais cela permet à ces laboratoires privés d’avoir du temps et de l’argent devant eux. De quoi inquiéter certains scientifiques qui voient aussi dans ces ambitions futuristes des visées transhumanistes plus ou moins irresponsables et le désir de «jouer avec les grands tabous», dont celui d’un cannibalisme sans meurtre (bien plus fort que dans le film Soleil vert). Quand The Observer lui demande s’il est possible de multiplier de la viande humaine en laboratoire, Mark Post commence d’ailleurs par répondre oui, avant d’ajouter avec une fausse pudeur: «Mais êtes-vous sûr de vouloir poser cette question?»
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Source : Slate.fr, Anne Denis, 5 septembre 2015
jeudi 27 août 2015
Pour une nouvelle transition alimentaire
« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. La nature, mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer et nous refusons de l’admettre. » Ainsi s’exprimait Jacques Chirac à l’occasion du Sommet de la Terre en 2002. Ce cri d’alarme concernant le climat aurait mérité aussi d’être prononcé au sujet de la situation alimentaire. Sommée de produire, l’agriculture souffre et pollue, une trop grande part de l’offre alimentaire est sans valeur nutritionnelle, de nombreuses formes de malnutrition persistent, l’obésité progresse et nous restons étrangement passifs.
A l’occasion de l’ouverture, le 1er mai, de l’Exposition universelle de Milan sur le thème : « Nourrir le monde », mais aussi de la récente autorisation de quelques cultures OGM en Europe, le moment est venu de réfléchir sur la nécessité d’engager une nouvelle transition alimentaire.
En France comme dans bien d’autres pays, nous avons perdu la majorité des agriculteurs qui donnaient une âme aux territoires ruraux et ceux qui restent, assujettis à des charges financières toujours croissantes, sont contraints de s’agrandir et d’industrialiser leur production pour survivre.
Cette folle course au productivisme n’est pas sans effets sur la santé des sols, l’utilisation des intrants, la pollution de l’environnement et l’émission des gaz à effet de serre. La résolution des questions climatiques semble ainsi dépendre du succès de l’agroécologie, dont la mise en œuvre est encore incertaine, faute d’investissement.
Prenant le relais du productivisme agricole, l’industrialisation de l’alimentation a permis de disposer d’une alimentation abondante et peu onéreuse. Mais la malbouffe a aussi envahi les supermarchés. Le déséquilibre nutritionnel de l’offre alimentaire a des conséquences évidentes sur le plan de la santé publique, comme le prouve la montée de l’obésité, des maladies métaboliques et des cancers.
La longévité en bonne santé de la population est ainsi fort médiocre, et les dépenses de santé en constante augmentation. Dans ce paysage alimentaire, ni la santé de l’homme ni celle de la planète ne peuvent être gérées correctement, d’où la nécessité de développer une autre politique alimentaire plus cohérente. Voici les quatre grands chantiers que devrait mettre en œuvre la société pour assurer son avenir alimentaire.
Révolution agricole verte
Le premier serait de concevoir une offre alimentaire adaptée aux besoins nutritionnels de l’homme et à la santé de la planète, à l’instar des traditionnels régimes méditerranéens ou asiatiques qui ont fait leurs preuves. Ces régimes durables sont riches en produits végétaux naturels et assez pauvres en calories d’origine animale. Nous nous en sommes très éloignés. A la suite de l’abandon des habitudes alimentaires traditionnelles, la première transition alimentaire s’est traduite par une consommation excessive de produits animaux et d’aliments transformés par l’industrie.
Rectifions le tir : cessons de nous gaver de produits animaux coûteux à produire et de produits transformés riches en calories vides ; apprenons à consommer des aliments de bonne qualité nutritionnelle. L’industrie agroalimentaire a réussi à nous fournir des aliments sûrs au niveau microbiologique, elle doit maintenant produire des aliments sains sur le plan nutritionnel. Sa responsabilité évidente dans l’épidémie d’obésité pourrait l’inciter à relever un nouveau défi nutritionnel, porteur aussi d’un enjeu économique intéressant.
Le deuxième chantier serait de réussir une révolution agricole réellement verte. La première révolution dite verte ne méritait pas son nom, ignorant la vie microbienne des sols, les considérant comme un support des engrais chimiques, développant des cultures protégées par des pesticides, portant atteinte à la biodiversité naturelle. C’est quasiment tout l’inverse qu’il faut développer, mettre en place une agroécologie très économe en intrants qui augmente la matière organique des sols et développer une agriculture nourricière tournée vers la satisfaction des besoins nutritionnels humains, moins centrée vers les productions animales.
La voie actuelle d’une industrialisation croissante de l’agriculture et de l’élevage est incompatible avec une gestion plus écologique du vivant. Pour cultiver la terre comme un jardin et sauvegarder son potentiel de vie, pour élever des animaux selon les règles d’un contrat domestique élémentaire, pour développer les circuits courts, nous aurions besoin de plus de paysans.
Acquis récents de la nutrition préventive
C’est à la société de mettre un terme à l’exode rural et de donner les moyens à beaucoup plus de jeunes de s’installer, puisque la PAC ne le permet pas. Le développement de fermes ou d’ateliers de transformation tournés vers la vente directe ou les circuits courts devrait être soutenu pour favoriser les emplois agricoles. Faisons-en un enjeu politique majeur !
Le dernier chantier, celui de la santé publique, revêt un caractère majeur. Beaucoup ignorent qu’un même type de nutrition peut être efficace pour la prévention de toutes les pathologies. En facilitant le fonctionnement de l’organisme, une bonne nutrition préventive, surtout si elle est pratiquée à l’échelon d’une vie entière, ralentit le vieillissement avec son cortège de pathologies.
Il est remarquable que des régimes basés sur une grande diversité végétale et très économes en produits animaux puissent avoir l’immense avantage d’être efficaces pour gérer la santé de l’homme, mais aussi celle de la planète, ce qui donne beaucoup de cohérence à leur mise en œuvre. Nous ne sommes qu’au balbutiement d’une gestion intelligente de la santé par l’alimentation, puisque notre premier programme national nutrition santé (PNNS) ne date que de 2001.
Une frange bien trop grande de la population, non seulement ne bénéficie pas des acquis récents de la nutrition préventive, mais est victime des mauvaises pratiques du secteur agroalimentaire et du laxisme des pouvoirs publics. Alors oui, une transition alimentaire réussie pourrait changer la donne. Grâce à une vulgarisation efficace et un bon suivi nutritionnel, les citoyens sauraient comment bien se nourrir et disposeraient d’une offre alimentaire adaptée à leurs besoins. Dans ces conditions, les dépenses de santé seraient réduites et les économies réalisées pourraient servir à mieux se nourrir.
S’ils étaient bien perçus et compris, les enjeux d’une transition alimentaire réussie, à l’instar de la transition énergétique, seraient considérables. Il est difficile d’imaginer l’étendue des bénéfices d’une politique aussi cohérente et globale. Saurons-nous la mettre en place ? Voilà un débat politique de fond qu’il conviendrait enfin d’ouvrir !
Christian Rémésy (Nutritionniste, directeur de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique/INRA)
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Source : Le Monde, 28.04.2015
lundi 17 août 2015
Bientôt des repas de substitution végétariens dans les cantines scolaires ?
Le député Yves Jego (UDI) a annoncé vouloir déposer une proposition de loi afin de « rendre obligatoire dans les cantines scolaires, en alternative aux repas servis, un repas végétarien, sans viande ni poisson ».
Cela permettra aux enfants « qui pour des raisons médicales, pour des raisons éthiques, pour des raisons religieuses ne veulent pas manger de viande parce que ceci parce que cela (...) de ne pas les stigmatiser », a-t-il encore expliqué. « C'est simple, et cela garantit l'apport en protéines », a finalement conclu le parlementaire, qui a lancé une pétition en ligne, pétition qui a déjà recueilli plus de 50 000 signatures en quelques jours.
Certains élus rappellent cependant que la « cantine » doit pouvoir proposer aux enfants des menus variés et équilibrés, notamment en protéines, car c’est son rôle originel de « compenser » d’éventuelles carences lors des repas familiaux.
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Source : lexpress.fr, 14 août 2015
Cela permettra aux enfants « qui pour des raisons médicales, pour des raisons éthiques, pour des raisons religieuses ne veulent pas manger de viande parce que ceci parce que cela (...) de ne pas les stigmatiser », a-t-il encore expliqué. « C'est simple, et cela garantit l'apport en protéines », a finalement conclu le parlementaire, qui a lancé une pétition en ligne, pétition qui a déjà recueilli plus de 50 000 signatures en quelques jours.
Certains élus rappellent cependant que la « cantine » doit pouvoir proposer aux enfants des menus variés et équilibrés, notamment en protéines, car c’est son rôle originel de « compenser » d’éventuelles carences lors des repas familiaux.
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Source : lexpress.fr, 14 août 2015
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